Du grabuge à Lugia

Du grabuge à Lugia

Un mois avant le jour fatidique, les lutins de Lugia s’affairaient telles des fourmis. Il y avait encore tant à faire. Ils n’avaient pas le droit à l’erreur, tout devait être parfait pour la nuit de Noël. Sur la piste de décollage, Bricoleur effectuait quelques tests pour vérifier que les nouveaux patins du traîneau glissaient correctement. Roublard vint le rejoindre, les bras chargés de dossiers.

« Voici les dernières adresses à insérer dans l’appareil de géolocalisation. » dit-il, essoufflé.

« Encore ? » râla Bricoleur.

« Te plains pas. L’équipe chargée d’emballer les cadeaux est tellement débordée, ils ont travaillé tout le week-end pour rattraper le retard. »

« Ces humains… pfff ! Ils se reproduisent comme des lapins et ils ne pensent même pas aux pauvres lutins qui doivent faire des heures supplémentaires par leur faute. »

« L’année prochaine, je demande une augmentation. » pesta Roublard.

Ils mirent fin à la discussion lorsqu’ils virent le Père Noël approcher, suivi de Subtil et Astucieux.

« Mon cher Bricoleur, les résultats des tests sont-ils satisfaisants ? »

« Oui Père Noël » s’exclama celui-ci retrouvant immédiatement sa bonne humeur « Je crois que nous sommes prêts pour un essai. »

Saint Nicolas grimpa dans le traîneau, non sans quelques difficultés. Mère Noël avait expérimenté de nombreuses recettes de gourmandises de noël dernièrement. Son cher et tendre époux s’était bien évidemment porté volontaire pour les déguster. Pesant déjà un poids considérable, il prit encore quelques kilos, au point qu’Astucieux dut lui coudre une nouvelle tenue.

Le Père Noël donna un coup de cravache et les rennes se mirent au galop. Une fois qu’ils eurent bien pris leur élan, ils se propulsèrent dans les airs. L’itinéraire habituel fut parcouru sous les yeux attentifs de Bricoleur. Celui-ci chronométra la performance du Père Noël à l’aide de son modulateur de vitesse. Dix-minutes plus tard, le traîneau atterrit en douceur, sous les applaudissements allègres des lutins.

« Je dois dire Bricoleur, ces nouveaux patins sont très performants. »

Ce dernier ne répondit pas, les yeux encore fixés sur son appareil et les sourcils froncés.

« Il doit y avoir une erreur. » déclara-t-il après quelques minutes de réflexion.

« Que y a-t-il » s’enquit Subtil.

« A cette vitesse, le traîneau n’arrivera jamais à toutes les destinations à temps. Et je ne parle pas d’un léger retard. D’après mes estimations, le décalage est de cinq heures ! »

Personne ne questionna le jugement de Bricoleur. C’était le lutin le plus ingénieux en technologie féerique, ce qui lui valut la place du mécanicien personnel du Père Noël.

« Je vais revérifier mes calculs et les comparer avec les données du tableau de bord. Je vous rejoindrai chez Mère Noël lorsque j’aurais terminé. »

« Ne t’attarde pas trop » lui dit le Père Noël, guère perturbé par cette faille technique. Il n’y avait rien que Bricoleur ne pouvait réparer. « Les biscuits à la cannelle doivent être sortis du four et j’en connais quelques-uns qui vont se jeter dessus, comme des vautours. » ajouta-t-il.

[…]

Il les rejoignit plus tard dans l’après-midi. Ils étaient tous  affaissés dans les canapés, les ventres bien arrondis.

« Bricoleur ! » s’enthousiasma Mère Noël « Viens goûter ces biscuits. Je t’en ai laissé quelques-uns de côté avant qu’ils ne les dévorent tous. »

« Non merci Mère Noël. » répondit-il abattu. « Nous avons un problème. Père Noël n’est pas là ?»

« Il est parti faire un somme. C’est grave ? »

Bricoleur s’agita, mal à l’aise. « J’ai trouvé ce qui n’allait pas. Euh… heum… J’ai refait tous les calculs, et la raison pour laquelle le traîneau a perdu de la vitesse est que… Père Noël… comment dire… »

« Accouche à la fin. » dit Roublard, impatient.

« Père Noël doit perdre du poids. »

Un silence gênant s’installa dans la pièce, troublé uniquement par les ronflements provenant de la chambre d’à côté.

« Bon » dit Subtil en se raclant la gorge. « J’ai une idée. Toutefois, pour commencer, je pense que nous ne devons rien dire au Père Noël. Il a tellement de choses à penser, ça lui rajoutera inutilement un stress supplémentaire. »

« Qu’as-tu en tête ? » demanda Astucieux, intrigué.

« Nous avons un mois devant nous pour lui faire perdre quelques kilos. Le défi n’est pas insurmontable, mais je vais avoir besoin de la coopération de tout le monde. »

Tous les visages se tournèrent vers Mère Noël.

« Bon d’accord, d’accord, je plaide coupable » concéda-t-elle. « J’avoue l’avoir un peu gâté ces derniers temps. Mais il adore mes pâtisseries! »

« C’est pourquoi nous devrons agir subtilement. » conclu Subtil.

[…]

Dès le lendemain matin, les lutins mirent leur plan à exécution. Subtil vint réveiller le Père Noël de bonne heure, prétextant que l’équipe des emballages cadeaux avait besoin de soutien moral. Il lui fit faire tout le tour de l’usine, le forçant à courir de gauche à droite. Au terme de la matinée, il l’avait tellement épuisé, si bien que le Père Noël n’eut même pas la force de rentrer à la maison pour le gâteau de dix heures. Et comme il avait beaucoup de travail à rattraper du fait de sa matinée chargée, il resta tard au bureau. Lorsqu’il s’en fût enfin chez lui, Mère Noël lui fit croire que les lutins avaient mangé tous les gâteaux qu’elle avait préparés.

« Je ne sais pas où ils mettent tout ça » rit-il.

Le jour d’après, ce fut au tour d’Astucieux de l’occuper.

« Père Noël ! » s’écria-t-il à bout de souffle en faisant irruption dans son bureau. « C’est une catastrophe ! »

« Tout doux mon ami, vient t’asseoir, qu’est ce qui se passe ? »

« Malin et Froussard devaient m’aider à charger les cadeaux, mais ils sont tous deux malades. Angine. Terrible rhume ! »

« Oh non ! Les Pauvres. » Dit le Père Noël tristement

« Oui ils sont cloués au lit. Par conséquent je me retrouve tout seul et comme vous le savez nous avons déjà du retard. Je ne sais pas quoi faire ! »

« Pas de panique mon ami, je vais te donner un coup de main. Je terminerai la paperasse une autre fois. »

Ainsi, Astucieux et le Père Noël chargèrent les cadeaux dans la géante hotte magique à l’arrière du traîneau toute l’après-midi. Aussi, ils manquèrent les beignets au chocolat de quinze heures. Le soir venu, Père Noël fut trop éreinté pour penser aux pâtisseries et alla directement au lit.

Les jours passèrent, et chaque fois les lutins trouvèrent une excuse pour faire bouger Père Noël à son insu. Mère Noël joua également son rôle à merveille, omettant parfois de sortir les gâteaux du four, ou simulant des douleurs dorsales qui l’empêchaient de travailler dans la cuisine. Elle alla même jusqu’à insister pour qu’il l’emmène danser un soir.

La veille de l’envol final, le Père Noël se présenta sur l’aire de décollage, pour effectuer les derniers tests.

« Mon cher Bricoleur ! J’étais tellement débordé dernièrement que j’ai oublié de te demander si tu avais réussi à régler le problème de la dernière fois. »

« Nous… je veux dire, j’y ai travaillé. Nous allons voir si cela fonctionne mieux maintenant. »

Tout le monde était venu assister au vol d’essai. Ils retinrent leur souffle lorsque le traîneau atterrit enfin et que Bricoleur arrêta le chronomètre.

« Alors ? » demanda le Père Noël « Sommes-nous prêts ? »

« Mesdames et Messieurs, la distribution des cadeaux prendra une heure de moins que prévu ! » s’exclama Bricoleur.

Ce fût l’euphorie générale à Lugia ce jour-là. Tout était prêt et qui de plus est, avec un jour d’avance. Astucieux, Subtil, Bricoleur et Roublard rejoignirent Père Noël et Mère Noël pour célébrer cela.

« J’ai remarqué une chose étrange » dit le Père Noël, la barbe parsemée de miettes de biscuit. « Vous avez tous énormément maigri. Mes pauvres lutins, je crois que je vous ai trop fait travailler cette année ! »

4 commentaires

  1. J adore ta nouvelle rubrique! Bises Marwa

  2. Je te souhaite un joyeux Noël.
    Bises.

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