Contes d’Halloween : « La Nuit des Morts »

Contes d’Halloween : « La Nuit des Morts »

Halloween approche et c’est l’une de mes « fêtes » préférées de l’année. Les déguisements, les citrouilles, les feuilles couleur feu de l’automne, les légendes ancestrales, bref ! Il y règne une ambiance magique qui fait bouillonner mon imagination, que ce soit en cuisine ou devant une page blanche et une plume. Je partage donc avec vous une petite histoire que j’ai écrit à l’occasion.

* * *

« La nuit des Morts »

Midir et Yuzel dévalèrent le sentier qui menait à la clairière où la cérémonie annuelle du Sahaim se tenait. Elle n’allait pas tarder à commencer et ils étaient en retard. Midir serrait son amulette protectrice contre sa poitrine tandis qu’il s’efforçait tant bien que mal à suivre le pas de Yuzel.
Ce dernier s’arrêta net dans sa course, la bouche béante et le visage paralysé dans une expression d’horreur qui figea le sang de Midir. Il regarda dans la direction où les yeux de son ami étaient fixés, mais hormis les ténèbres abyssales, il ne put rien distinguer.
– Yu… Yuzel… Yuzel, que se passe-t-il ?
Ce dernier tourna doucement la tête vers lui et éclata de rire.
– Ahahaha ! Si tu voyais ton visage !
Midir se détendit et lâcha un grand soupir exaspéré.
– Ce n’est vraiment pas drôle ! Tu ne devrais pas plaisanter avec ça !
Mais Yuzel ne l’écoutait déjà plus et avait repris la course. Midir soupira à nouveau et le suivit. Son ami avait toujours été un rebelle. Il était contre la tradition et tout ce qui s’y attachait. Les croyances de ses semblables n’étaient pour lui que de vieilles superstitions et la fête du Samhain rien d’autre qu’une légende.
Ils débouchèrent enfin sur la vaste clairière où tout le village s’était rassemblé. En son centre un petit lac entourait un îlot minuscule. Un feu cérémonial y était allumé et le druide du village se tenait devant, les yeux clos, attendant le début de la cérémonie.
Les deux jeunes prirent place à côté de leurs familles respectives. Quand les derniers villageois s’installèrent, le druide ouvrit enfin les yeux et sa voix puissante retentit dans toute la clairière :

– Chers amis, en ce jour qui marque le début de la saison sombre, nous nous réunissons pour honorer les esprits défunts de nos ancêtres. Ce soir, les barrières entre nos deux mondes sont aussi fines qu’un voile. Les âmes trépassés au cours de l’année écoulée nous quitteront pour rejoindre le Royaume des Morts, tandis que nos proches disparus reviendront nous rendre visite. Buvons et festoyons afin de rendre hommage aux Dieux. Qu’ils acceptent notre offrande et que la nourriture soit abondante durant l’hiver glacial qui nous attend !

Sa voix véhémente emplit la clairière, suscitant des murmures d’approbation. Le taureau attaché près du bûcher sacrificiel s’agita nerveusement.

* * *
La seule lueur d’une bougie éclairait la pièce. Il ajusta sa cape noire sur les épaules en jetant un coup d’œil fugitif par la fenêtre : Pas une seule étoile dans le ciel. La nuit était silencieuse et les ténèbres épaisses, exactement comme une nuit de Samhain devait l’être.
Il y avait quelque chose de spécial à propos de ce garçon, son intuition ne le trompait jamais. Les visions l’obsédaient depuis des jours.
Un frisson d’excitation parcourra son échine. Cela faisait longtemps que ce n’était pas arrivé.
La porte de la cahute, longtemps inutilisée, grinça furieusement lorsqu’il l’ouvrit. Sa charrette l’attendait dehors. Il s’y hissa et le cheval se mit au trot.
* * *

Yuzel contint un bâillement. La nuit était bien avancée et la cérémonie avait été longue. Après le discours du druide, le taureau fût sacrifié et sa tête empalée au centre de l’îlot. S’en suivirent les chants et danses traditionnels, puis, le festin. Beaucoup de personnes s’étaient déguisées ou avaient peint des motifs sur le visage afin de tromper les esprits des revenants. Il se demandait bien à quoi servait cette mascarade.
Plus il regardait la tête tranchée du taureau, plus il avait l’impression que la bête le fixait avec ses yeux globuleux. Il secoua la tête et se dit qu’il valait mieux rejoindre son lit. La fatigue lui jouait des tours. Bien qu’il fût insensible aux doctrines de son peuple, l’atmosphère spirituelle avait tout de même réussi à l’atteindre. Tout le monde était absorbé par la fête, aussi il décida de s’éclipser discrètement.
Il n’avait pas pris de bougie pour ne pas se faire repérer, le sentier fût donc difficile à suivre. Néanmoins il connaissait ces bois mieux que quiconque et avança donc malgré l’obscurité profonde. Le craquement d’une branche l’alerta et il sut aussitôt qu’il était suivi. Il fit trois longues enjambées puis tourna brusquement à gauche, prenant abri derrière le tronc d’un arbre. Lorsque la silhouette le dépassa, il surgit silencieusement derrière et lui enlaça le cou avec le bras.
– Arrête ! C’est moi, Midir !
– Idiot ! J’aurais pu te faire mal, le réprimanda-t-il en le relâchant. Alors comme ça on s’échappe de la fête sacrée du Samhain ?
– Je suis fatigué et puis moi au moins j’ai honoré les Dieux !
Yuzel rit franchement et lui fit une révérence.
– Remettons nous en route. Il ne vaut mieux pas s’attarder dans la forêt à une heure pareille.
Ils avancèrent dans l’obscurité grandissante, contraints d’allonger leurs bras devant eux et se laisser guider par les arbres qui longeaient le sentier. Enfin la route s’élargit et ils purent distinguer le village au loin. Néanmoins, un sentiment de malaise s’installa en Yuzel à mesure qu’ils approchaient.
Reste derrière moi, ordonna-t-il à Midir.
Ce qu’il crut être une botte de foin s’avéra être un homme assis sur une charrette. Il était encore loin pour pouvoir discerner son visage dissimulé sous le chapeau noir qu’il portait. La charrette se mit en marche, et son essieu mal graissé produit un crissement qui résonna dans la nuit silencieuse. Yuzel ralentit le pas pour laisser l’inconnu s’éloigner, il avait un mauvais pressentiment et n’était guère disposé à faire des rencontres nocturnes. La charrette arriva à l’orée du village où deux torches étaient allumées lorsque l’étranger tourna la tête.
Le cœur de Yuzel s’arrêta de battre.
Son visage était cadavérique, comme si la chair lui collait aux os. Des cheveux longs et blancs l’encadraient. Sa mâchoire désarticulée affichait un rictus grotesque sous ses yeux vitreux.
Yuzel était paralysé sur place, incapable de faire le moindre mouvement ou de détourner le regard. C’est seulement lorsque Midir le secoua que le sang semblait revenir dans ses membres.
– Yuzel ! Tu essaies encore de me faire peur ! Qu’est ce qui t’arrive ? Tu es aussi pâle que la mort ! Arrête bon sang, ça ne m’amuse vraiment pas !
– L’homme.. l’homme … bégaya-t-il en pointant la charrette du doigt, mais celle-ci était loin et son cavalier rien de plus qu’une silhouette.
– Je n’ai pas vu son visage, qui était-ce ? Tout le village est à la cérémonie, il ne doit pas être d’ici.
Yuzel écoutait vaguement, il essayait de se remettre les idées en place. C’était une illusion, rien de plus. Il était fatigué et toutes les histoires qu’il avait entendues avaient joué avec son imagination.
– Tu crois que c’est le vieux fou qui habite dans la forêt ? demanda Midir.
– Je croyais que ce n’était rien d’autre qu’une histoire pour effrayer les enfants, répondit Yuzel d’une voix tremblante.
Midir haussa les épaules et se remit en route vers le village.
Yuzel suivit d’un pas absent, il était encore secoué. Rien d’autre qu’une illusion, se répéta-t-il. Ça doit être encore un fidèle qui s’est peint le visage pour chasser les esprits. Oui ça doit être ça.
Et pourtant, au fond de lui, le malaise persista lorsqu’il repensa à la légende du Samhain, celle d’Ankou, le Charretier de la Mort. Celui qui montre son visage uniquement aux personnes dont il moissonnera l’âme dans l’année qui suit…

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4 commentaires

  1. J’irai pas en forêt avec toi ou alors je serai cachée dans la charrette à lancer des sorts

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